[Trottinettes électriques] 3 questions à Pierric Amella

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Dans son édition du 06 février 2022, le Journal du dimanche se fait le relai du bilan annuel de la Sécurité routière concernant les accidents de trottinettes électriques.

En 2022, 22 personnes sont mortes alors qu’elles conduisaient une trottinette électrique. Les multiples accidents, conduisant le plus souvent à des fractures et luxation, touchent principalement les jeunes de 20 à 30 ans, suivi des quinquagénaires. Rien qu’à Paris, on estime le nombre de blessé·e·s à un minimum de 2 000 personnes / an.

Nous avons interrogé Pierric AMELLA, conseiller municipal EELV de Pantin, délégué aux mobilités douces, à la qualité de l’air et au budget carbone.

Photo de Nikolo Zi sur Pexels.com

EELV Pantin : Pantin a interdit dès 2020 les trottinettes en libre service, peux-tu nous rappeler quelles étaient les motivations de ce choix ?

P. AMELLA : Depuis la loi LOM (Loi d’Orientation des Mobilités, promulguée en décembre 2019), les opérateurs de trottinettes en libre service doivent obtenir une autorisation des villes où ils souhaitent s’implanter. Dès mon arrivée (en juin 2020), j’ai été saisi par les opérateurs qui souhaitaient s’installer à Pantin. Avec le maire de Pantin, nous avons refusé de donner cette autorisation au vu du bilan très mitigé sur le plan environnemental et social de ces mobilités :

  • Une durée de  de vie moyenne très faible des trottinettes et un mode de déploiement par véhicule diesel qui génère, au global, un bilan carbone à peine plus favorable qu’un déplacement en voiture thermique !
  • Un modèle social qui favorise l’exploitation de travailleurs précaires payés à la tâche et sans protection sociale.
  • Un report de mobilités depuis la marche vers les trottinettes qui, de fait, ne participe pas à la diminution du trafic routier, ni de la pollution de l’air.
  • Enfin, un risque de saturation de l’espace public et des trottoirs par des trottinettes mal stationnées, au moment où nous travaillons avec Mirjam Rudin (élue EELV, 2ème adjointe en charge de la nature en ville, aux déplacements, aux espaces publics et aux espaces verts) à désencombrer les trottoirs et les rues.

EELV Pantin : Les chiffres de la Sécurité routière, repris par le JDD, t’étonnent-ils ?

P. AMELLA : Oui et non. L’ampleur du sujet est effectivement stupéfiante. Après, il ne faut pas oublier que les accidents de vélos, comme de trottinettes, sont très majoritairement causés par les véhicules motorisés. A titre d’exemple, 98% des accidents sur un passage piéton sont le fait de voitures, camions ou poids lourds. C’est aussi parce qu’ils sont fragiles que les utilisateurs de trottinettes sont victimes d’accidents plus ou moins graves.

EELV Pantin : Le baromètre Axa Prévention (cité par le JDD) nous indique que 80% des conducteurs de trottinettes roulent sur les trottoirs, 78% téléphonent en conduisant, 68% ne portent pas toujours de casque. Que faire face à ces comportements dangereux, non seulement pour eux mais aussi pour les autres usagers, on pense notamment aux piétons et cyclistes ?

P. AMELLA : Rappelons d’abord que les règles de la sécurité routière s’appliquent à toutes et à tous, même si elles ne sont pas encore complètement adaptées à ce nouveau mode de déplacement.

Cependant, ce non-respect des règles nous oblige aussi à intensifier nos efforts pour créer des aménagements cyclables sécurisés et séparés des piétons, sur lesquels les trottinettes ont l’obligation de circuler. C’est de cette façon qu’on supprimera durablement les incivilités sur les trottoirs.

Concernant le port du casque, qu’il s’agisse des trottinettes ou des vélos, je pense qu’il doit s’agir d’un choix personnel. Ce n’est pas par l’obligation qu’on arrivera à son développement. 

La sensibilisation à des comportements responsables passe aussi par l’éducation à la pratique cyclable. Nous avons à Pantin une piste d’apprentissage au vélo dans le square éphémère rue Denis Papin et nous étudions la possibilité d’en développer une 2e vers Les Limites.

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